du 26.06.2013 au 29.06.2013
Abbaye de Neumünster, 28 rue Münster, Luxembourg-Grund

Au-delà de Bayreuth. Richard Wagner aujourd’hui: nouvelles perspectives – Colloque

Colloque à l'occasion de l'année Richard Wagner 2013
Au-delà de Bayreuth. Richard Wagner aujourd’hui: nouvelles perspectives – Colloque

Au-delà de Bayreuth. Richard Wagner aujourd’hui: nouvelles perspectives

Colloque

 26 – 29 juin 2013

 

Après un séjour à Bayreuth, en août 2011, Jonathan Meese dessine deux portraits en buste de Wagner pour une affiche satirique (Die Zeit, 4/8/11, p. 51) qu’il a intitulés « Richard l’Absolu » (Erzrichard) et « Wagner le Suprême » (Totalstwagner). Meese brise avec ironie le mythe politique et artistique, quasi religieux, souvent kitsch, qui est voué à Wagner. Il perpétue pourtant le discours très culturel – devrait-on dire allemand ? -, qui, depuis le 19ème siècle, agite aussi bien les Wagnériens que les critiques et les ennemis du compositeur.

Wagner existe bien au delà de la « fièvre superlative » de Bayreuth (Totalstausdehnung Bayreuth). Dans les opéras, sur les cinq continents, ses drames musicaux, surtout Tristan et Iseult et L’Anneau des Nibelungen, comptent toujours parmi les œuvres maitresses du répertoire. Le Ring monté par Robert Lepage qui fut présenté au Metropolitan Opera a connu un succès mondial. Lors de la première de La Walkyrie du même Lepage, le critique musical Alex Ross a consacré cinq pages du journal New Yorker (!) – dont on ne peut pas dire qu’il est l’équivalent des Bayreuther Blätter  – à sa fascination pour dix mesures de trente secondes (!) (The New Yorker , 25/4/2011, p. 80-85).

Passons à Hollywood: lorsque dans la bande-annonce du Seigneur des Anneaux, Déagol extirpe l’anneau de l’eau, il évoque le personnage d’Albérich. Puis quand son ami Sméagol – qui deviendra plus tard Gollum -, le tue pour lui voler l’anneau, on pense à Fasolt et Fafner. Quand le héros du film Thor, l’adaptation cinématographique du  DC Comic  du même nom, arrache son marteau de la roche, on retrouve l’image de Siegfried. Et lorsque Zeus dit à Persée, dans la bande annonce du film La Colère des Titans, « Being half-human makes you stronger than a god», on est proche des paroles de Wotan à propos de Siegfried « plus libre que moi, le Dieu » (La Walkyrie, Acte III, Scène 3).

Même quand Hollywood associe explicitement Wagner à Hitler, il ne s’agit pas là forcément de mettre le national-socialisme et le « wagnérisme suprême » (Totalstwagnerei) sur un pied d’égalité. Dans Valkyrie de Bryan Singer, quand Hitler, dans sa résidence du Berghof, marmonne « You know your Wagner, Colonel. […] One cannot understand National-Socialism if one does not understand Wagner », il fait revivre les contradictions de l’Anneau dans sa composition wagnérienne du Colonel Stauffenberg, qui, tout comme Wotan, le Dieu des Dieux, est borgne. Et le film ne résout pas ces contradictions, il les alimente comme dans la scène où les enfants de Stauffenberg jouent à la guerre comme dans La Chevauchée des Walkyries jusqu’à ce que des bombes éclatent autour d’eux. L’aiguille du tourne-disque saute et la caméra tourne alors avec le disque, de façon à ce que l’étiquette se fixe pour le spectateur et qu’à côté des noms Wagner et Knappertsbusch, on puisse y lire également le slogan d’EMI « La voix de son maître »: la pertinence de cette scène ne se trouve pas tant dans ce slogan, qui peut paraître ironique dans ce contexte, mais bien plus dans le dispositif suggestif, aussi magistral que manipulateur, qui le rend lisible, dans le sens propre du mot: une manœuvre didactique du média cinématographique.

L’œuvre de Wagner recèle plus que toute autre œuvre du 19ème siècle un incomparable matériel analytique pour éclairer le présent. Juste pour citer un exemple: Jack Bauer, le personnage principal de la série de Fox Network 24 heures chrono, n’est-il pas aussi une réincarnation de Siegfried?

Les paroles de Wotan sur Siegfried ne décrivent-elles pas précisément la relation de Jack Bauer avec le président américain: « Un seul pourrait / L’impossible exploit / Héros pour qui
 / Jamais je n’agisse / 
Qui, loin du Dieu, / Privé de faveur, / Sans savoir, / 
Sans mon appel […] Fit cet exploit / 
Qu’il me faut laisser » (La Walkyrie, Acte II, Scène 2). Et le conflit principal de la série 24 heures chrono ne repose-il pas sur « that the letter of American Law must be sacrificed for the country’s security » – le dilemme de l’Anneau chez Wagner? Les paroles de Jack Bauer « I don’t wanna bypass the Constitution, but these are extraordinary circumstances » auraient pu être été prononcées par Wotan: lui non plus ne veut pas rompre les lois avec sa lance. L’ordre qu’il a lui même apporté au monde, il doit le contourner pour sa sécurité en laissant Siegfried agir à l’encontre de ses règles et de ses lois, comme Jack Bauer doit aussi le faire.

Le colloque se penchera sur l’héritage de Wagner, comme l’illustrent ces quelques exemples esquissés. Ils se placent « au delà de Bayreuth », ou, pour reprendre Meese, au-delà de la « fièvre superlative de Bayreuth » («Totalstausdehnung Bayreuth»). Ils ouvrent de nouvelles perspectives théoriques et culturelles, des réflexions autour de la musicologie mais aussi des approches analytiques musicales. Les débats permettront de relire Wagner et son contexte historique en se libérant des anciennes positions et des points de vue, qu’ils soient de Bayreuth ou d’autres cercles de sympathisants. Le colloque cherchera à faire accéder Wagner à de nouvelles approches et de nouvelles associations, comme l’ont fait, ces dernières années, Alain Badiou, Laurence Dreyfus, Marc A. Weiner ou Slavoj Žižek, mais aussi Barrie Kosky dans ses sensationnelles mises en scène du Crépuscule des Dieux à Essen, en 2010, et de l’Anneau en 2011 à Hanovre.

Reprenons encore deux des questions soulevées par Žižek, peut-on parler d’une affinité profonde entre Wagner et Rossini, qui serait à chercher dans le sublime? Parsifal est-il effectivement le modèle de Neo joué par Keanu Reeves dans Matrix ? (Slavoj Žižek: Why is Wagner Worth Saving?, in: Journal of Philosophy & Scripture 2,1 [Fall 2004], p. 18-30)

Relire Wagner, ses antécédents et ses implications, tel est l’objectif de ce colloque. L’injonction du Voyageur à Albérich pourrait aussi constituer une devise pour la recherche consacrée à Wagner: « Ce qui est différent, tu vas aussi l’apprendre! » (Siegfried, Acte II, Scène 2)

 

Programme du colloque

 

Organisé avec l’Université du Luxembourg, l’Université de Cologne et la John Hopkins University avec le soutien du CCRN.

deutsch - contact - mentions légales