09.04.2013

En quelles langues parle l’Europe – Débat

En quelles langues parle l’Europe – Débat

Débat

1. Les langues dans l’Union européenne

23 langues officielles (24 avec le croate, à partir du 1er juillet 2013)

3 langues de travail : allemand, anglais et français

L’anglais, devenu la langue de la communication internationale, est le principal vecteur d’échange depuis l’entrée, en 2004, des nouveaux Etats membres dont les fonctionnaires maîtrisent rarement le français.

Le français est moins utilisé. Son usage varie d’un service et d’une direction générale à l’autre, souvent en fonction des affinités linguistiques de leurs responsables. Martine Reicherts explique qu’à l’Office de publication de l’Union européenne, dont elle est la directrice francophone, elle privilégie le français.
Par contre, à  la Cour de justice de l’Union européenne, le français demeure la langue exclusive pour les délibérés.

L’allemand est une langue indispensable au sein d’un Parlement européen dominé par les germanophones, en particulier aux postes clés de la présidence de l’Assemblée et des présidences des principaux groupes.

 

2. Le passage de 4 à 24 langues : la percée du globish en Europe

Quentin Dickinson : au début de la construction européenne, il n’y avait que 4 langues officielles. On est aujourd’hui passé à 23 langues auxquelles est venu s’ajouter une forme d’anglais adapté aux institutions l’Union européenne, une langue de communication très technique.

Cet anglais international (globish) expliquerait le fossé grandissant entre citoyens et institutions. Alors que le vocabulaire juridique français est largement répandu et que la construction de l’allemand facilite la compréhension des termes, l’anglais a créé un vocabulaire juridique incompréhensible pour le commun des mortels, y compris par les anglophones eux-mêmes.

Martine Reicherts : Français et Allemands ont préféré défendre leurs langues respectives au lieu de défendre le plurilinguisme, ce qui a laissé la voie libre à l’anglais, une langue plus complexe qu’il n’y paraît.

Quentin Dickinson : l’élargissement de 2004 n’a pas stimulé la diversité linguistique. Formés aux Etats-Unis, les fonctionnaires des nouveaux Etats membres donnent une place prépondérante à l’anglais, au détriment de leur langue maternelle.

 

3. L’anglais, langue unique de service ?  

Heinz Wismann : malgré ses prétentions hégémoniques, il ne faut pas diaboliser l’anglais international, utile dans certains domaines. En effet, communiquer sur des réalités communes ne pose pas de problème aux interlocuteurs.

Martine Reicherts : l’utilisation d’une langue de service a pu poser quelques problèmes techniques. Une discussion sur les quotas laitiers a suscité un malentendu entre l’Italie et l’Allemagne. Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, avait créé en mars 2013 une polémique au sujet de la crise de Chypre en utilisant maladroitement le terme de « template ».

La pluralité des systèmes juridiques est aussi source de difficultés. On compare ce qui n’est pas comparable. Une harmonisation est nécessaire pour mettre un terme aux difficultés inhérentes à la traduction.

Quentin Dickinson : une discussion en anglais entre deux fonctionnaires non-anglophones peut parfois générer des malentendus sur des points essentiels alors qu’il suffirait d’utiliser des interprètes.

Martine Reicherts : l’interprétation entre 24 langues est coûteuse et seulement utilisée au plus haut niveau. L’arrivée de la nouvelle génération ainsi que les progrès technologiques en matière de traduction et d’interprétation sont toutefois rassurants.

 

4. Les limites culturelles de l’anglais international 

Heinz Wismann : les particularités culturelles d’une langue sont difficilement traduisibles dans la langue habituellement pratiquée dans un service. Les registres émotionnel et métaphorique sont des domaines dans lesquels l’intercompréhension est plus difficile.

 

Le programme cadre pour la recherche et le développement, rédigé en anglais international, constitue un filtre pour l’accès des chercheurs au financement, ce qui nuit à l’originalité de la recherche. L’Europe brouille les motivations individuelles et communautaires. Les intelligences créatrices risquent d’être détournées du projet européen, ce qui serait fatal.

Texte conçu d’après le compte-rendu d’Europaforum

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